Bibliographie

ce que les scientifiques disent de la décompression

Introduction

Le foramen ovale est un petit trou situé dans le septum, la paroi entre les deux cavités supérieures du cœur. Avant la naissance, les poumons ne sont pas utilisés pour apporter au fœtus du sang riche en oxygène. Le sang enrichi provient du placenta de la mère et est délivré par le cordon ombilical. Le foramen ovale permet à une petite partie du sang veineux de passer directement de l’oreillette droite du cœur du fœtus à l’oreillette gauche du cœur, en contournant les poumons. Normalement, le foramen ovale se ferme lorsque la pression artérielle augmente dans le côté gauche du cœur après la naissance ou quelques années après la naissance. Une fois fermé, le sang dans son ensemble se dirige vers les poumons sans dérivation, pour se charger en oxygène avant qu’il ne pénètre dans le côté gauche du cœur et soit pompé vers le reste du corps.

Le foramen ovale reste ouvert, ou perméable (foramen ovale perméable ou FOP), chez environ 25% de la population adulte [1] (1). La plupart des patients atteints de FOP ne présentent aucun symptôme. Cependant, cette configuration anatomique peut jouer un rôle dans les migraines et elle augmente le risque d’AVC, d’ischémie cérébrale transitoire et de crise cardiaque. Chez les plongeurs, elle est parfois associée à des cas d’accident de décompression neurologiques, à des cas d’accident de décompression de l’oreille interne et à des symptômes cutanés [2]. Des bulles provenant du retour veineux, formées pendant et après la décompression, peuvent traverser le shunt du foramen ovale – donc non filtrées par le poumon – et envahir la circulation artérielle périphérique. Elles peuvent atteindre des tissus sursaturés en gaz inertes et, par conséquent, il existe un risque amplifié d’embolie dans ces zones.

 

Revue de la littérature

Les différentes formes d’accident de décompression pour lesquelles un lien a été démontré en rapport avec la présence d’un FOP ont été récemment passées en revue [2]. Les accidents cérébraux semblent plus liés à la présence d’un FOP que les accidents médullaires [3]. Concernant les lésions cérébrales et celles de l’oreille interne, où les niveaux de sursaturation peuvent être localement élevés, des mécanismes ont été proposés et discutés [2] [4]. La relation entre certaines formes d’accidents cutanées et le FOP était initialement plutôt incomprise. Une étude récente a conduit à émettre l’hypothèse d’un mécanisme avec médiation cérébrale [5].
Le ratio de risque d’accident pour un plongeur avec FOP, par rapport à un plongeur sans FOP, n’est pas connu avec précision, mais plusieurs études tendent à indiquer une augmentation du risque, au moins 2.5 fois supérieure [6], voire plus de cinq fois supérieure [7] [8]. Les formes sévères d’accident sont nettement plus fréquentes en présence d’un FOP [9]. De plus, il a été prouvé que le ratio de risque d’accident de décompression est aussi lié à la taille du FOP [7] [10]. Dans une étude récente, sur 200 plongeurs qui ont procédé à une fermeture de défaut auriculaire (FOP et CIA) après un accident lié à un shunt, environ 50% avaient un défaut auriculaire de 10 mm ou plus, tandis qu’environ 1% de la population générale semble avoir un diamètre de FOP dans cette fourchette (environ 25% de la population a un FOP mais avec un diamètre principalement compris entre 2 mm et 6 mm) [10]. Néanmoins, les formes graves de d’accident sont parfois associées à des FOP de petite taille [11].
La fermeture du FOP semble être une solution efficace pour prévenir les accidents majeurs et pouvoir revenir à une pratique de la plongée sans restriction [11] [12], tandis que des profils de plongée plus conservatifs, sans fermeture du FOP, semblent également conduire à un niveau de sécurité satisfaisant vis-à-vis des formes sévères d’accident [12]. Elle est également associée à une diminution des lésions cérébrales asymptomatiques [13]. La chirurgie de fermeture de FOP se caractérise par un faible taux de complications post-opératoires [14].

 

Discussion

La caractérisation des risques d’accidents liés à une présence de FOP reste un sujet de recherche majeur. Une analyse statistique rigoureuse n’est pas encore disponible. Une manière systématique de dépister le FOP (présence, dimension, ouverture totale, partielle, intermittente…), avec ou sans antécédents d’accident, avec ou sans recourt à des moyens invasifs, n’est pas à ce jour disponible voire souhaitable.
En effet, bien que la communauté scientifique s’accorde toutefois sur le fait que le FOP est un facteur de risque d’accident, un dépistage systématique chez le plongeur n’est pas préconisé [15]. Seuls les plongeurs ayant des antécédents de forme sévère d’accident sont éligibles pour un dépistage de routine, par échocardiographie transthoracique avec manœuvres provocantes vis-à-vis de l’ouverture. En cas de résultat de FOP positif, la fermeture du FOP à l’aide d’un cathéter est recommandée pour le retour à la plongée normale [15].
Cependant, une approche conservatrice de la plongée, avec des profils de plongée moins sévères conduisant à une limitation de la charge de gaz, semble être une alternative intéressante pour limiter le risque d’accident [16].
Enfin, il faut noter que d’autres voies de shunt droite-gauche peuvent exister dans l’organisme, notamment au niveau pulmonaire [17]. Actuellement, le risque d’accident associé à cette réalité anatomique (avec une dispersion vis-à-vis de son importance dans la population) et son rôle dans l’artérialisation des microbulles est mal connu.

 

References

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  13. Billinger M, Zbinden R, Mordasini R, Windecker S, Schwerzmann M, Meier B, Seiler C. Patent foramen ovale closure in recreational divers: effect on decompression illness and ischaemic brain lesions during long-term follow-up. 2011; 97(23): 1932-1937. – ABSTRACT
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(1) In fact, there are two kinds of such holes in the heart. One is called an atrial septal defect (ASD), and the other is a patent foramen ovale (PFO). Although both are holes in the wall of tissue (septum) between the left and right upper chambers of the heart (atria), their causes are quite different. An ASD is a failure of the septal tissue to form between the atria, and as such it is considered a congenital heart defect, something that you are born with. Generally an ASD hole is larger than that of a PFO.

Introduction

Il y a dix ans, DAN a publié un texte (original en anglais) qui résumait parfaitement la problématique des paliers profonds [1] :

« Tout au long de l’histoire, la principale préoccupation des plongeurs a été de savoir comment remonter à la surface sans accident de décompression. Le scientifique britannique J.S. Haldane a combiné des données empiriques avec des études scientifiques pour développer des procédures de décompression étape par étape qui, avec l’expérience et le travail accumulés de nombreux scientifiques, ont conduit au développement de tables de décompression modernes et d’algorithmes informatiques.

Les accidents de décompression surviennent toujours de nos jours chez les plongeurs loisir, mais à raison de 1 à 4 cas pour 10 000 plongées ; ces cas d’accident sont souvent bénins et traitables. Cependant, il existe des cas graves – bien que rares – ce qui laisse les plongeurs assez concernés par toute mesure qui pourrait réduire davantage le risque. Une des possibilités serait le palier profond.

Au milieu des années 1990, Richard Pyle, un scientifique en bio-marine qui plongeait fréquemment à de grandes profondeurs à la recherche d’espèces de poissons, a remarqué qu’il se sentait parfois fatigué après les plongées, et à d’autres moments, il se sentait bien. Excellent observateur et scientifique de formation, il a déduit que lorsqu’il devait s’arrêter pendant son ascension pour dégonfler les vessies natatoires de ses spécimens, il se sentait beaucoup mieux. Aussi, il a introduit un bref arrêt à mi-chemin de la surface sur toutes ses plongées et s’est convaincu que cela réduisait considérablement sa fatigue après la plongée. Il a partagé son expérience avec ses collègues plongeurs, et la pratique des paliers profonds s’est répandue parmi les plongeurs techniques avant de pouvoir être testée scientifiquement.

Qu’est-ce qu’un palier profond ? Dans l’esprit de la plupart des pratiquants, le palier profond est un arrêt supplémentaire pendant la remontée, introduit par les plongeurs au-delà de ce que leur algorithme informatique exige. Cependant, il existe maintenant des algorithmes informatiques qui proposent des paliers profonds, bien que ni ces algorithmes ni la pratique des paliers profonds n’aient été complètement validés.

La discussion sur les paliers profonds n’est pas nouvelle pour les scientifiques qui étudient la sécurité autour de la décompression. Depuis que Haldane a établi pour la première fois des tables de décompression, la profondeur du premier palier a été débattue. Les réponses ont varié au fil du temps, en fonction des pratiques de plongée contemporaines et des préoccupations actuelles. Haldane, par exemple, a supposé que les tissus du corps peuvent maintenir un certain niveau de sursaturation ou une quantité critique de gaz excédentaire avant que les bulles ne se produisent. C’est pourquoi son modèle de décompression a proposé une remontée relativement rapide jusqu’à des profondeurs qui, selon lui, permettent une élimination efficace du gaz inerte.

Plus tard, il est devenu évident que des bulles se forment beaucoup plus tôt que ne le supposait Haldane, et ces résultats ont conduit à la création de « modèles à bulles ». De nombreux ordinateurs de plongée sur le marché intègrent des paliers plus profonds que les modèles Haldaniens précédents. Certains d’entre eux sont basés sur des modèles à bulles, tandis que d’autres ajustent les paramètres des modèles sans bulle pour obtenir des effets similaires. Par ailleurs, pour imiter les pratiques de palier profond adoptées par certains plongeurs techniques, certains ordinateurs ajoutent des paliers plus profonds que ce que leurs algorithmes proposent ou offrent aux plongeurs cette option.

La grande question qui se pose aux plongeurs aujourd’hui est donc : quelle est l’efficacité des paliers profonds vis à vis du risque d’accident, qu’ils soient proposés par un algorithme ou qu’ils soient pratiqués par les plongeurs indépendamment de ce que leurs ordinateurs suggèrent ? Tout au long de l’histoire, la principale préoccupation des plongeurs a été de savoir comment remonter à la surface sans accident de décompression. Le scientifique britannique J.S. Haldane a combiné des données empiriques avec des études scientifiques pour développer des procédures de décompression étape par étape qui, avec l’expérience et le travail accumulés de nombreux scientifiques, ont conduit au développement de tables de décompression modernes et d’algorithmes informatiques.
Les accidents de décompression surviennent toujours de nos jours chez les plongeurs loisir, mais à raison de 1 à 4 cas pour 10 000 plongées ; ces cas d’accident sont souvent bénins et traitables. Cependant, il existe des cas graves – bien que rares – ce qui laisse les plongeurs assez concernés par toute mesure qui pourrait réduire davantage le risque. Une des possibilités serait le palier profond.
Au milieu des années 1990, Richard Pyle, un scientifique en bio-marine qui plongeait fréquemment à de grandes profondeurs à la recherche d’espèces de poissons, a remarqué qu’il se sentait parfois fatigué après les plongées, et à d’autres moments, il se sentait bien. Excellent observateur et scientifique de formation, il a déduit que lorsqu’il devait s’arrêter pendant son ascension pour dégonfler les vessies natatoires de ses spécimens, il se sentait beaucoup mieux. Aussi, il a introduit un bref arrêt à mi-chemin de la surface sur toutes ses plongées et s’est convaincu que cela réduisait considérablement sa fatigue après la plongée. Il a partagé son expérience avec ses collègues plongeurs, et la pratique des paliers profonds s’est répandue parmi les plongeurs techniques avant de pouvoir être testée scientifiquement.
Qu’est-ce qu’un palier profond ? Dans l’esprit de la plupart des pratiquants, le palier profond est un arrêt supplémentaire pendant la remontée, introduit par les plongeurs au-delà de ce que leur algorithme informatique exige. Cependant, il existe maintenant des algorithmes informatiques qui proposent des paliers profonds, bien que ni ces algorithmes ni la pratique des paliers profonds n’aient été complètement validés.
La discussion sur les paliers profonds n’est pas nouvelle pour les scientifiques qui étudient la sécurité autour de la décompression. Depuis que Haldane a établi pour la première fois des tables de décompression, la profondeur du premier palier a été débattue. Les réponses ont varié au fil du temps, en fonction des pratiques de plongée contemporaines et des préoccupations actuelles. Haldane, par exemple, a supposé que les tissus du corps peuvent maintenir un certain niveau de sursaturation ou une quantité critique de gaz excédentaire avant que les bulles ne se produisent. C’est pourquoi son modèle de décompression a proposé une remontée relativement rapide jusqu’à des profondeurs qui, selon lui, permettent une élimination efficace du gaz inerte.
Plus tard, il est devenu évident que des bulles se forment beaucoup plus tôt que ne le supposait Haldane, et ces résultats ont conduit à la création de « modèles à bulles ». De nombreux ordinateurs de plongée sur le marché intègrent des paliers plus profonds que les modèles Haldaniens précédents. Certains d’entre eux sont basés sur des modèles à bulles, tandis que d’autres ajustent les paramètres des modèles sans bulle pour obtenir des effets similaires. Par ailleurs, pour imiter les pratiques de palier profond adoptées par certains plongeurs techniques, certains ordinateurs ajoutent des paliers plus profonds que ce que leurs algorithmes proposent ou offrent aux plongeurs cette option.
La grande question qui se pose aux plongeurs aujourd’hui est donc : quelle est l’efficacité des paliers profonds vis à vis du risque d’accident, qu’ils soient proposés par un algorithme ou qu’ils soient pratiqués par les plongeurs indépendamment de ce que leurs ordinateurs suggèrent ?Tout au long de l’histoire, la principale préoccupation des plongeurs a été de savoir comment remonter à la surface sans accident de décompression. Le scientifique britannique J.S. Haldane a combiné des données empiriques avec des études scientifiques pour développer des procédures de décompression étape par étape qui, avec l’expérience et le travail accumulés de nombreux scientifiques, ont conduit au développement de tables de décompression modernes et d’algorithmes informatiques.
Les accidents de décompression surviennent toujours de nos jours chez les plongeurs loisir, mais à raison de 1 à 4 cas pour 10 000 plongées ; ces cas d’accident sont souvent bénins et traitables. Cependant, il existe des cas graves – bien que rares – ce qui laisse les plongeurs assez concernés par toute mesure qui pourrait réduire davantage le risque. Une des possibilités serait le palier profond.
Au milieu des années 1990, Richard Pyle, un scientifique en bio-marine qui plongeait fréquemment à de grandes profondeurs à la recherche d’espèces de poissons, a remarqué qu’il se sentait parfois fatigué après les plongées, et à d’autres moments, il se sentait bien. Excellent observateur et scientifique de formation, il a déduit que lorsqu’il devait s’arrêter pendant son ascension pour dégonfler les vessies natatoires de ses spécimens, il se sentait beaucoup mieux. Aussi, il a introduit un bref arrêt à mi-chemin de la surface sur toutes ses plongées et s’est convaincu que cela réduisait considérablement sa fatigue après la plongée. Il a partagé son expérience avec ses collègues plongeurs, et la pratique des paliers profonds s’est répandue parmi les plongeurs techniques avant de pouvoir être testée scientifiquement.
Qu’est-ce qu’un palier profond ? Dans l’esprit de la plupart des pratiquants, le palier profond est un arrêt supplémentaire pendant la remontée, introduit par les plongeurs au-delà de ce que leur algorithme informatique exige. Cependant, il existe maintenant des algorithmes informatiques qui proposent des paliers profonds, bien que ni ces algorithmes ni la pratique des paliers profonds n’aient été complètement validés.
La discussion sur les paliers profonds n’est pas nouvelle pour les scientifiques qui étudient la sécurité autour de la décompression. Depuis que Haldane a établi pour la première fois des tables de décompression, la profondeur du premier palier a été débattue. Les réponses ont varié au fil du temps, en fonction des pratiques de plongée contemporaines et des préoccupations actuelles. Haldane, par exemple, a supposé que les tissus du corps peuvent maintenir un certain niveau de sursaturation ou une quantité critique de gaz excédentaire avant que les bulles ne se produisent. C’est pourquoi son modèle de décompression a proposé une remontée relativement rapide jusqu’à des profondeurs qui, selon lui, permettent une élimination efficace du gaz inerte.
Plus tard, il est devenu évident que des bulles se forment beaucoup plus tôt que ne le supposait Haldane, et ces résultats ont conduit à la création de « modèles à bulles ». De nombreux ordinateurs de plongée sur le marché intègrent des paliers plus profonds que les modèles Haldaniens précédents. Certains d’entre eux sont basés sur des modèles à bulles, tandis que d’autres ajustent les paramètres des modèles sans bulle pour obtenir des effets similaires. Par ailleurs, pour imiter les pratiques de palier profond adoptées par certains plongeurs techniques, certains ordinateurs ajoutent des paliers plus profonds que ce que leurs algorithmes proposent ou offrent aux plongeurs cette option.
La grande question qui se pose aux plongeurs aujourd’hui est donc : quelle est l’efficacité des paliers profonds vis à vis du risque d’accident, qu’ils soient proposés par un algorithme ou qu’ils soient pratiqués par les plongeurs indépendamment de ce que leurs ordinateurs suggèrent ? »

Ce résumé et les questions soulevées restent d’actualité. Comme cela sera détaillé plus loin, la controverse sur la pertinence des paliers profonds est un débat majeur, soulignant que la théorie de la décompression est toujours un sujet vivant. C’est une question fréquemment discutée dans le domaine de la plongée [2], avec des positions actuellement moins fermes : un compromis doit être trouvé entre tous les points de vue théoriques pour et contre, reflété d’un point de vue pratique par la possibilité d’ajustement des gradient factors (GF).

 

Revue de la littérature

Au début des années 60, plus de vingt ans avant les observations de Pyle, Brian Hills a analysé les procédures de décompression utilisées par les pêcheurs de perles dans le détroit de Torres et a introduit un nouveau concept de modélisation de la décompression [3]. Ces plongeurs pratiquaient leur premier palier plus profondément que proposés par les tables de l’époque, avec, en outre, un saut de pression plus élevé que la pratique conventionnelle entre le dernier palier et la surface. Le concept de « zéro sursaturation» proposé par Hills suppose que des bulles peuvent se former même pour des niveaux de sursaturation très faibles. Par conséquent, la première partie de la décompression doit être considérablement ralentie avec un premier palier assez profond. Même si le travail de Hills n’a jamais produit de tables de décompression opérationnelles, son approche a inspiré une génération de chercheurs qui s’est concentrée sur la modélisation des bulles et la nécessité de limiter l’amplitude de diminution de la pression ambiante lors de la remontée, afin de limiter la génération et la croissance des bulles [4]. Ils ont revu la théorie de Haldane ou du moins tenté de redéfinir les seuils de sursaturation acceptables. A l’époque, c’était déjà un sujet de recherche très stimulant.

Dans ce contexte, David Yount, de l’Université d’Hawaï, a commencé des travaux fondamentaux sur la décompression à la fin des années 70. L’un de ses objectifs était la sélection de critères de formation de microbulles, dans un milieu en état de sursaturation. Il a supposé que les microbulles se formant dans le corps lors d’une décompression sont produites à partir de micronoyaux préexistants qui sont activés. Yount a ouvert de nouvelles perspectives en étudiant des échantillons de gélatine, comprimés plus ou moins rapidement, saturés d’un gaz inerte puis soumis à décompression. Ses expériences ont permis, pour la première fois, la numération des micronoyaux recrutés et transformés en microbulles sous différents niveaux de sursaturation. Un nouveau modèle de décompression appelé VPM (Varying Permeability Model) a finalement été proposé pour l’Homme, en utilisant ses fondements théoriques [5]. Le modèle VPM, proposé par Eric Maiken et Erik Baker aux Etats-Unis sous la version A puis B, a été largement utilisé par les plongeurs loisir techniques qui plongent assez profondément avec des mélanges trimix et héliox (plongeurs TEK). Il génère des paliers de décompression profonds / courts par rapport aux procédures plus standards car il limite les niveaux de sursaturation pour réduire le nombre de micronoyaux recrutés.

Dans la continuité de l’approche de Yount, Bruce Wienke a proposé au marché de la plongée sous-marine loisir un nouvel algorithme RGBM largement utilisé comme base par plusieurs ordinateurs de décompression des années 90.

Néanmoins, parallèlement aux motivations de modélisation des bulles, les travaux d’Edward Thalmann aux États-Unis pour l’US Navy et ceux d’Albert Bühlmann en Europe n’ont pas réfuté les fondamentaux Haldaniens. En réalité, ils restent aujourd’hui la base de la plupart des tables opérationnelles actuelles pour les plongeurs professionnels et amateurs, et de la plupart des ordinateurs de décompression.

Les algorithmes EL-RTA puis VVAL de Thalmann sont de type néo-Haldanien, avec une cinétique d’échange de gaz linéaire-exponentielle et diverses matrices de tensions tissulaires maximales admissibles (approche M-value Workman). Une désaturation tissulaire plus lente (linéaire) que la phase de saturation (exponentielle) a été introduite, reflétant le fait que la formation de bulles ralentit probablement la cinétique d’élimination des gaz inertes. Ceci a constitué une évolution majeure pour ces modèles néo-Haldaniens, soulignant le fait que des adaptations de l’approche d’origine étaient nécessaires.

Dans le domaine du loisir, les plongeurs TEK, initialement enjoués par le renouveau proposé par les paliers profonds VPM et RGBM, ont finalement largement opté pour l’algorithme Bühlmann ZH-L16, avec l’option des gradient factors (GF). Les plongeurs personnalisent leurs procédures de décompression via les possibilités de réglage pour la profondeur du premier palier (GF Low) et le temps total de décompression (GF High) [6]. La question de la forme de la courbe de décompression apparaît comme un problème central. Ce contexte a motivé plusieurs études pour évaluer la pertinence des paliers profonds.

Dans les années 2000, la Marine nationale a testé quatre protocoles de plongée à l’air à 50m et 60m sur 12 plongeurs avec des profils de remontée expérimentaux (EAP) testés en chambre hyperbare, avec un monitoring des bulles pour évaluer les avantages offerts par les paliers profonds [7] [8]. L’intérêt des paliers profonds n’a pas été démontré, avec trois des procédures EAP ne montrant aucune différence, une ayant produit une augmentation de la production de bulles et une autre ayant généré un cas d’accident articulaire, ce par rapport aux procédures de la Marine nationale MN90 testées conjointement.

Il faut mentionner que les profils de décompression testés par la marine française ne reflétaient pas exactement la pratique des plongeurs techniques (pas figée et claire du tout) ou le protocole de décompression proposé par Richard Pyle [9]. Cette remarque s’applique aux résultats observés par l’US Navy à travers une étude dédiée [10]. Une exposition expérimentale 170fsw / 30min a été testée selon l’algorithme VVAL18 Thalmann d’un côté et selon un modèle de bulle probabiliste (BVM3) produisant des paliers profonds de l’autre côté, avec la même durée de décompression. L’incidence en termes de nombres d’accidents -suivant ces deux procédures- a été comparée. Le taux d’accidents associé aux paliers profonds a été significativement plus élevé que celui de l’approche conventionnelle avec des paliers moins profonds. Il a été déduit que la cinétique des gaz tissulaires est impactée par un palier profond, ce qui est facilement compréhensible si l’on suit une vue Haldanienne (1).

Une étude plus récente tend à souligner une fois de plus qu’aucun avantage majeur ne se dégage pour un profil avec palier profond par rapport à un profil calculé via l’algorithme de Bühlmann ajusté avec GF, pour une plongée trimix 50m/25min : la production de bulles détectée par échocardiographie 2D n’était pas significativement différente et les paliers profonds ont produit des réponses inflammatoires encore plus marquées [11].

 

Discussion

Il faut noter que la procédure de Pyle, en accord avec les vues théoriques concernant la production de microbulles et la dynamique de croissance, n’a jamais été vraiment testée pour prouver ses avantages par rapport aux procédures plus conventionnelles.

Comme l’a souligné Erik Baker, il existe une possibilité infinie de produire des paliers profonds, même avec une approche néo-Haldanienne, en utilisant un algorithme de Bühlmann modulé avec une option GF [6]. L’introduction des paliers profonds doit être compensée par un allongement du dernier palier près de la surface, vraisemblablement pour permettre l’élimination de la charge de gaz accumulée ou contenue dans certains tissus pendant la période de paliers profonds.

La question de l’intérêt des paliers profonds devient majeure si l’on se concentre sur le temps total de décompression requis : pour une même durée de décompression, un profil de décompression à palier profond est-il meilleur qu’un palier peu profond conventionnel ? Quelques rares études ont tendance à apporter une réponse négative [10] [12].

L’intérêt du DAN vis-à-vis de l’avantage des paliers profonds a été initialement présenté en 2000 [13]. L’introduction de paliers profonds supplémentaires est apparue avantageuse pour ce qui concerne la production de bulles. Cependant, l’allongement de la durée de décompression était significatif dans cette étude. La question est donc la suivante : est-ce le palier en soi qui limite la production de bulles ou est-ce l’augmentation de la durée de décompression associée, requise selon la plupart des algorithmes, qui s’avère plus sûre ?

De plus, si l’on suppose que la production de microbulles peut être minimisée en optant pour une approche avec palier(s) profond(s), quelle est la profondeur optimale pour le premier palier, pour un profil de plongée donné ?
Actuellement, il semble qu’aucune personne ne puisse démontrer si cette solution optimale existe, ainsi que la durée totale de décompression conseillée pour cette voie optimale. Les microbulles se forment d’autant plus abondamment que la diminution de la pression ambiante est importante mais, en même temps, l’élimination des gaz inertes est favorisée par une forte diminution de la pression ambiante. Quel est donc le meilleur compromis ? Et comment les variabilités inter et intra-individuelles impactent cet optimal ? La détection des bulles – en tant que moyen de surveillance du plongeur – devrait aider à répondre à cette question. Une grande base de données sera bientôt disponible à travers le suivi de l’activité des plongeurs loisirs, pour lesquels la production de bulles sera collectée puis analysée (large population, profils de plongée divers, options de plongée variées).

Il semble donc que l’avenir sur cette question est juste devant nous.

 

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(1) GF approach coupled to a Bühlmann algorithm can counter-balance this drawback by lengthen the total decompression duration.